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Les trois semaines de deuil

Les trois semaines de deuil sont une période de deuil public d'institution rabbinique, s'étendant entre deux des quatre jeûnes institués par les prophètes, le 17 Tamouz, qui marque la première brèche dans l'enceinte de Jérusalem lors du siège mené par Rome et le 9 av, jour de la destruction des Temples de Jérusalem. C'est durant cette période que les deux temples ont été détruits, Jérusalem démolie et le peuple d'Israël vaincu et exilé.

Ces 3 semaines sont marquées par des manifestations croissantes d'affliction, commençant avec l'abstention d'activités plaisantes, dont la tenue de mariages, et culminant avec la restriction de viande et de vin (en-dehors du Chabbat).
La loi distingue 3 périodes:

  • Du 17 Tamouz jusqu’à Rosh H'odesh Av,
  • Puis de rosh h'odesh jusqu’au shabbat qui précède le 9 Av
  • Et enfin la semaine dans laquelle tombe le 9 Av, de la sortie du shabbat jusqu'au jeune.

Les sources juives

Bien que les dates encadrant les trois semaines trouvent leur source dans une prophétie de Zacharie pour les temps messianiques « le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième se changeront pour la maison de Juda en jours d’allégresse et de joie», le concept des « trois semaines » est d'origine rabbinique.

En effet, si le jeûne du cinquième mois a bien lieu le 9 (ou le 10) av, celui du quatrième mois était à l'origine observé le 9 Tamouz et c'est à la suite de la destruction du Second Temple qu'il est institué le 17 Tamouz.

La Mishna, dont la rédaction s'achève vers 200 EC, n'évoque pas les trois semaines ; tout au plus stipule de diminuer les manifestations de joie dès le début du mois d’av et interdit de se couper les cheveux et de laver sa lessive pendant la semaine au cours de laquelle tombe le 9 av ; lors du dernier repas avant ce jeûne, elle prescrit de s'abstenir (ou, selon une autre opinion non retenue, de diminuer) de viande, de vin et de deux plats cuisinés.

La référence la plus ancienne aux trois semaines de deuil se trouve dans le Midrash Eikha Rabba (compilé entre les ive et ve siècles) qui élabore sur le Livre des Lamentations (bien que Saadia Gaon dise avoir trouvé une allusion dans le Livre de Daniel) : c'est d'ailleurs du fait de ce commentaire que la période est appelée bein hametzarim, nom sous laquelle on la retrouve dans nombres de compilations de coutumes médiévales.
La pratique de lire trois sections spéciales des Livres prophétiques, les tlat depouranouta («les trois d'affliction»), au cours des chabbatot des yemei bein hametzarim apparaît également dans un ouvrage contemporain, le Pessiqta deRav Kahana.

Les coutumes à adopter en ces jours se développent de façons diverses dans différentes communautés. L'austérité est fortement mise en avant dans le Sefer HaRokeah d'Eleazar de Worms, piétiste rhénan, et dans le Sefer Maharil de Jacob Moelin, également allemand tandis que les coutumes séfarades sont généralement plus souples, sauf à la suite de persécutions. Elles sont consignées par Joseph Caro dans son Choulhan Aroukh, que le Rama annote de coutumes ashkénazes, tirées des Minhaggim d'Isaac Tyrnau.

 

Observance des trois semaines

Les affres de la destruction du Temple ayant débuté le 17 Tamouz, il est de coutume de commencer à porter le deuil à partir de ce jour. Ces coutumes varient fortement parmi les différents rites et communautés. De façon générale, les ashkénazes, suivant l'avis du Rama, les observent dès le 17 Tamouz, tandis que les séfarades, se basant sur le Rav Yosseph Caro, ne les respectent pleinement qu'à partir du mois d’av, voire dans la semaine qui précède le 9 av.
Il est communément admis qu'elles ont pour but de diminuer la joie et ne peuvent avoir préséance sur des lois établies, comme le respect du chabbat, au cours duquel les manifestations publiques de deuil ne peuvent avoir lieu. Elles ne peuvent pas non plus avoir lieu lors d'une seoudat mitzva, banquet tenu après une circoncision, la complétion d'une étude talmudique, la cérémonie de rachat du premier-né, etc…

 

Les restrictions de joie

Les mariages sont interdits (chez les ashkénazes), depuis la première période, même pour qui n'a pas encore réalisé le devoir de procréer (la plupart des séfarades peuvent les célébrer jusqu'au début du mois d’av) ; les fiançailles sont autorisées – même si elles sont suivies d'un banquet (et sans repas festif après le 1er av).

Certains commencent à s'abstenir de viande et de vin pendant les trois semaines, sauf à chabbat et lors des seoudot mitzva (repas de fête).
Il est interdit d'écouter de la musique pendant les trois semaines. Cette interdiction concerne aussi les chants sacrés accompagnés d'instruments mais non les chants oraux. Elle n'a pas cours à chabbat et lors d'une seoudat mitzva. Par ailleurs, les musiciens professionnels peuvent exercer leur métier (en dehors du 17 tamouz) jusqu'au 1er av.

Il est de coutume de ne pas prononcer la bénédiction chèhè’hiyanou car elle rend grâce à Dieu pour un événement joyeux inhabituel: On évite donc d'acheter et revêtir des nouveaux vêtements pendant cette période. Il est cependant permis de réciter la bénédiction à chabbat voire en semaine, si l'occasion de la faire en se représente pas après le 9 av. Il est par ailleurs obligatoire de la réciter lors de la cérémonie de rachat du premier-né.

Les soins d'agrément, comme la baignade, la coupe de cheveux, etc., sont interdits (ils sont autorisés jusqu'au premier av s'ils répondent à un besoin sanitaire ou social); les attitudes varient au sujet de la coupe des ongles, de la moustache et des sourcils. De même, les voyages d'agrément et la fréquentation de lieux de loisirs (cinéma, piscine, etc..) sont à éviter.

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Les neuf jours

Les manifestations de deuil se renforcent chez les ashkénazes à la néoménie du mois d’av : viande et vin, sont désormais totalement interdits (en dehors du chabbat et des repas de fête), ainsi que la lessive et le port d'habits neufs.

Chez les séfarades, ces restrictions n'entrent en vigueur que le dimanche précédant le 9 av et ne se font pas s'il a lieu un dimanche.

Au cours des trois chabbatot entre le 17 Tamouz et le 9 av, la lecture de la section prophétique (haftarot) est particulière. Les deux premiers chapitres de Jérémie et le premier d'Isaïe, qui ne présentent pas de lien thématique avec la section hebdomadaire mais rapportent les prophéties annonçant la chute de Jérusalem. L'intitulé de ces haftarot, respectivement Divrei, Shim'ou et Hazon, donne leur nom aux chabbatot au cours desquels elles sont lues.

 

 

 

 

 

 

 

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