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2 éme Partie-Les origines du sionisme

Les pionniers alyanatanyaLe sionisme naît vers 1880, à la rencontre de quatre conditions:

Après les sanglants pogroms de 1881, un médecin d’Odessa, Léon Pinsker, publie à Berlin en septembre 1882 Auto-émancipation, le premier vrai manifeste sioniste (le terme n’existe pas encore). Il y prédit que la «judéophobie» (c’est son terme) ira croissant au fur et à mesure de la modernisation des sociétés européennes, et au fur et à mesure que les Juifs sortant du ghetto se trouveront en concurrence avec leurs voisins. Il en conclut que les Juifs doivent quitter l’Europe et créer leur propre État. Il est à noter qu’il ne le revendique alors pas forcément en terre sainte.

En parallèle, des organisations commencent à apparaître. Des jeunes gens et des étudiants fondent en janvier 1882 le groupe «Bilou» (Beith Israël Lekhou Vena’ale) sous l’impulsion d’Israel Belkind. On parlera souvent des pionniers de la première alya comme étant les Bilouïm.

Très rapidement, Léon Pinsker prend la direction de la Ahavat zion. Il s’agit d’un réseau, d’ailleurs peu structuré, de sociétés qui regroupent «tout fils d’Israël qui admet qu’il n’y a pas de salut pour Israël tant qu’un gouvernement juif ne sera pas installé en terre d’Israël».

Le premier groupe a été créé en 1881 par des étudiants de Saint-Pétersbourg, avant la parution du livre de Pinsker. Il y aura rapidement une centaine de sociétés, surtout dans l’empire russe, mais aussi en Roumanie. Les membres sont appelés « Amants de Sion » H’ovevei Tzion. Leur but est d’organiser l’émigration de Juifs vers la Palestine (alors partie intégrante de l’empire ottoman).

L’émigration des «Amants de Sion» et celle des «Bilouïm» se déroule surtout dans les années 1880, dans le traumatisme suivant les pogroms de 1881. On l’appelle la «première aliyah». Elle ne touche qu’environ 10,000 personnes. Elle fait face à une administration ottomane assez hostile, qui la freine.

Ses militants, peu organisés, forment la base de ce qu’on appellera le «Nouveau Yichouv». Ils rencontrent en Palestine les membres de «l’ancien Yichouv», soit environ 25,000 Juifs très religieux, plutôt séfarades (avec une minorité ashkénaze). Ces Juifs pieux sont essentiellement concentrés dans les quatre villes saintes de Jérusalem, Tibériade, Safed et Hébron.

Séfarades contre Ashkénazes, traditionalistes contre modernes, population dirigée par ses anciens contre jeunes militants, religieux contre laïcs, orientaux contre européens, sionistes contre antisionistes (rappelons que les rabbins considéraient que seul le Messie pouvait recréer l’État juif): les relations seront assez souvent tendues, voire hostiles.

Cette première vague d’immigrants est historiquement importante, malgré son influence démographique limitée. Elle crée des villages sur la côte de Palestine (Rishon LeZion en 1882, Rosh Pina, Petah Tikva, Zihron Yaakov, Gedera…), qui deviendront pour beaucoup des villes, et qui expliquent encore aujourd’hui une partie de la géographie urbaine d’Israël.  À travers l’un de ses membres, Eliezer Ben-Yehuda, elle crée l’hébreu moderne.

Les colonies juives agricoles de la première Aliyah seront fortement aidées, à compter de 1883, par les financements du baron Edmond de Rothschild, qui apparaît ainsi comme l’un des hommes clefs de ce premier sionisme. Après 1899, la Jewish Colonization Association, fondée par le baron Maurice de Hirsch en 1891, prendra le relais financier, et participera aussi à l’achat de terre en Palestine et à l’aide aux colonies agricoles.

Cette première vague d’immigrants rend crédible l’idée de l’émigration vers Eretz Israël.

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