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Don d’organes et Torah

Des rabbins veulent briser les tabous et l’ignorance. Le judaïsme autorise le don d'organes pour sauver des vies, mais les communautés juives dans le monde se classent parmi les plus faibles en pourcentage de donneurs, vivants ou non.

Au-delà du fait qu’il s’agit d’un don altruiste, il est exceptionnel par le simple fait de sa religion. Car si le judaïsme autorise le don d’organes, d’yeux et de tissus pour sauver des vies, les communautés juives du monde entier se classent parmi les plus faibles en pourcentage de donneurs, vivants ou non. Il y a une foule d’explications à la réticence à s’inscrire, mais surtout à cause d’un manque de connaissances.  Les raisons pour ne pas s’inscrire sont variées, mais proviennent d’une mauvaise interprétation de la halakha, ou loi juive.

Que la communauté juive, avec sa tradition de charite, (g’milut Hesed) et sa valeur de sauver une vie (pikouah nefesh), ne puisse pas satisfaire suffisamment ses besoins en organes vitaux est suffisant pour exiger un examen sérieux des questions sociales et halathiques liées à la transplantation.

Il y a des rabbins qui disent qu’on ne peut pas retarder l’enterrement des morts. D’autres redoutent le fait que l’on ne tire profit des morts. Enfin, il y a ceux qui disent qu’il est interdit de profaner les morts. Par conséquent, certains rabbins pourraient soutenir que le prélèvement d’organes sur un cadavre viole ces lois. Cependant, on peut transgresser toute interdiction de la Torah pour sauver une vie, tant qu’elle ne met pas en danger sa propre vie.

De plus, beaucoup de Juifs croient que le judaïsme interdit le don prélevé sur un cadavre parce que lorsqu’il y aura la résurrection des morts (té’hiyat hametim), le corps pourrait manquer de parties essentielles.

C’est clairement un argument qui ne tient pas,  car si le Créateur peut nous faire revivre pour té’hiyat hametim, sûrement, Il nous aidera à fonctionner. De plus, les organes et les tissus se désintègrent dans le sol et il est probable qu’ils ne seront même plus là pour la résurrection. Donc, cela n’est même pas un sujet de discussion légitime.

L’information sur cette question est très faible. Les gens se sentent vraiment mal outillés pour expliquer le problème.

Il y a la connaissance médicale, la connaissance des textes juifs et la réalité sur le terrain. La plupart des grandes institutions juives n’abordent pas du tout cette question – et l’une des valeurs les plus importantes que nous accordons est de sauver des vies humaines.

Des lois sur le prélèvement d’organes post-mortem automatique sans consentement ont récemment été votées en France et en Russie. Le Grand rabbin de Russie et le Grand rabbin Michel Gugenheim de Paris ont alors vivement recommandé aux Juifs de leurs pays de s’inscrire sur le fichier national de refus de prélèvement d’organes post-mortem sans consentement.

La Russie effectue très peu de greffes d’organes en comparaison avec les pays occidentaux, avec notamment moins de 2.000 opérations de ce genre effectuées en 2015, selon le quotidien officiel Rossiïskaïa gazeta.

Dans les colonnes de l’hebdomadaire juif Actualité Juive, le rabbin Michel Gugenheim nuance et précise tout d’abord les cas où le don est permis voire obligatoire.
C’est le cas du prélèvement à partir « d’un donneur vivant qui effectuerait un don d’organes [sans mettre sa vie en danger] à un proche compatible » : il s’agit d’une « grande mitsva, » dit-il.

Le deuxième concerne le don post-mortem, plus délicat. Si tirer profit d’un défunt et ne pas l’enterrer, tombe sous le coup d’un triple interdit, celui-ci peut être repoussé par l’application de la règle selon laquelle préserver une vie humaine repousse tous les interdits de la Torah. A la condition que le futur donneur soit identifié. Selon le Grand rabbin de Paris, il est interdit que l’organe prélevé soit conservé dans une banque pour une utilisation ultérieure.

Le troisième cas, est un cas-limite et problématique. Celui où l’on prélève un ou des organes d’une personne dont on est un certain de la mort imminente, mais à qui l’on doit prélever les organes de son vivant pour pouvoir ensuite les transplanter. Dans ce cas, le principe halakhique selon lequel on ne repousse pas une vie au bénéfice d’une autre vie l’emporte et le prélèvement est donc interdit.

Problème, on ne peut prélever cœur et foie que du vivant d’un donneur potentiel. Ces prélèvements seraient donc systématiquement interdits, quitte à ne pas sauver la vie de personnes attendant une transplantation.

Cependant, rappelle le rabbin Gugenheim lui-même, une décision rabbinique israélienne datant de la fin des années 90 « avait donné l’autorisation de ces transplantations, ce qui avait provoqué une vive contestation de la part des plus grands décisionnaires de la Torah ». Décisionnaires ultra-orthodoxes du côté de qui le grand rabbin de Paris a généralement tendance à se ranger. Il préconise donc le « doute juridique ».

Ainsi pour éviter l’automatisme du prélèvement induit par la nouvelle disposition, et laisser ce difficile choix aux proches, le rabbin Gugenheim appelle « fermement » à s’inscrire sur le fichier national du refus. Choquant ?

Le débat n’est pas fini en Israël, notamment autour de la question centrale de la mort cérébrale. Le Rav Moshe Fenstein, un décisionnaire orthodoxe central, considérait la mort cérébrale comme mort valable et apporte comme preuve une de ses responsum (iguerot Moché, Y.D III, 132).

La loi juridique israélienne est en contradiction avec la loi juive. La mort intervient avec l’arrêt du cœur selon la Torah, tandis que la loi juridique stipule qu’elle intervient avec l’arrêt des fonctions cérébrales. L’intervalle de temps entre l’arrêt du cœur et le prélèvement des organes est trop court, et les organes ne peuvent pas être utilisés pour une transplantation.

En revanche, si l’on souhaite donner ses organes après notre mort, il est possible de s’inscrire sur un registre en Israël.

Pour l’islam, il existe un large consensus sur la légalité religieuse de la plupart des formes de don d’organes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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